Entretien avec un universitaire

U : « Combien d’heures ont été nécessaires pour l’écriture du 1er roman ? [« J’aime le malheur que tu me causes » réédité en 2017 sous le titre «Jeunesse ratée »] »
S : « Je ne saurai dire combien d’heures ont été nécessaires pour l’écriture du premier roman. Il y a des jours où je travaille sans relâche, comme il peut se passer des jours sans que j’écrive… Je sais que les premiers segments du livre ont commencé à germer quand j’avais 18 ans, mais c’est vraiment à l’âge de 20 ans qu’une écriture sérieuse et continuelle a commencé, pour se terminer trois ans après. »
U : « Combien d’heures ont été nécessaires pour l’écriture du 2e roman? [« Les Hommes et toi »] »
S : « Ça a été quasiment la même durée: trois ans. »
U : « Qu’est-ce qui vous motive à écrire ? »
S : « Depuis l’enfance, il y avait cette envie d’écrire. Je me souviens avoir lu Dostoïevski, Mikhaïl Cholokhov et d’autres auteurs russes alors que je n’avais que douze ans. La petite fille que j’étais avait été transformée après de telles lectures. »
U : « Comment l’éditeur Lazhari Labter a découvert votre 1ère œuvre ? »
S : « A l’époque où j’écrivais des articles pour El Watan et l’Echo d’Oran, j’avais parmi mes contacts journalistiques, une personne qui travaillait à Alger dans une maison d’édition de bandes dessinées. C’est elle qui m’avait remis une liste d’éditeurs algériens quand je lui avais fait part de ma volonté de voir mon manuscrit publié. J’avais alors envoyé mon manuscrit à Lazhari Laber entre autres, quelques temps après il m’appelait pour me faire part de son engouement pour mon histoire. J’étais ravie ! »
U : « Comment le second éditeur a -t-il découvert votre 2e œuvre ? Quels étaient les canaux de communication utilisés ? »
S : « J’ai découvert les éditions Apic en m’intéressant de près à la littérature algérienne contemporaine. C’est comme ça que je me suis retrouvée à lire Sarah Haidar. Après cela, je n’avais qu’une envie : figurer dans la même maison d’édition qu’elle. Il se trouve que Sarah Haidar est chez Apic éditions. Je leur ai envoyé mon manuscrit par mail, en leur expliquant que j’étais à Paris, et qu’il m’était donc difficile de leur transmettre mon livre autrement…
U : « Quels sont les auteurs algériens que tu lis ou que tu as lus ? Est ce sous forme de papier ou sous forme d’ebook ( livre électronique au format pdf ou epub)? Est ce que Selma lit ou utilise Kindle ou ou ereader? »
S : « J’ai lu des auteurs algériens connus (Malek Haddad, Yasmina Khadra, Rachid Boudjedra, Waciny Laredj, Salim Bachi, Arezki Metref, Kamel Daoud, le poète Farid Mammeri…) et d’autres jeunes un peu moins connus peut-être : Habib Osmani, Sarah Haidar, Akram El Kebir et bien d’autres… La revue Algérie Littérature Action des éditions Marsa dirigées par Marie Virolle permet justement la découverte de nouveaux auteurs. Je n’ai pas de préférence quant au format de lecture, je fais même partie des auteurs qui défendent les maisons d’édition numérique. Ce n’est pas parce qu’une maison d’édition se spécialiste dans la publication des e-books qu’elle est mauvaise, le format n’est pas du tout un critère de jugement quant à la qualité de l’édition… En France, on le sent vraiment cette appréhension quant aux publications numériques, alors que dans le monde anglophone pas du tout… Personnellement, j’attends de pouvoir m’acheter une liseuse car ma tablette n’est pas très commode pour ce genre de lecture. »
U : « Je ne sais pas si tu partages cette impression avec moi, la France attire à elle tous les talents artistiques ou autres ( médecins, informaticiens…) Au bout du compte avec quels talents notre pays émergera-t-il ( si tous les talents s’expatrient) ? »
S : « Un pays comme l’Algérie a besoin de régler de profonds problèmes avant de pouvoir espérer garder ses jeunes talents. Car quand on a envie d’exercer une forme d’art et qu’on se heurte à l’enfermement d’une société qui refuse d’avancer, on ne peut que partir quand on a la possibilité de le faire, pour continuer son développement personnel. Cela n’exclut pas la possibilité de revenir. Pour l’instant en tout cas, les gens vivent dans une logique absurde qui n’est pas sans rappeler l’œuvre de Kafka. C’est une société qui a besoin de régler un problème existentiel avec elle-même, qui a peur du changement, et au final ce sont seulement ceux qui ont un rôle puissant ou qui exercent un pouvoir (généralement des hommes, car c’est une société patriarcale). Les autres sont réduits à vivre dans l’ombre alors qu’ils peuvent avoir un potentiel inestimable !
U « Selma a t-elle connaissance de ce qu’on appelle littérature des enfants de harkis ? »
S : « Personnellement, je n’aime pas les stigmatisations dans la littérature et l’art en général, le fait qu’on veuille à tout prix faire rentrer des auteurs dans des cases. Cela reste mon point de vue. »