« Jeunesse ratée »

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Jeunesse ratée est un roman sur l’adolescence. À travers le personnage de Mira, le récit raconte un parcours d’errance, de questionnements autour du difficile passage de l’adolescence à l’âge adulte. Nous avons donc un personnage tourmenté qui offre un point de vue subjectif sur une période après la « décennie noire », dans le milieu scolaire et, plus largement, au sein de la société. Effectivement, Mira, qui vit en Algérie, grandit avec l’impression d’être en marge, ayant du mal à se représenter les événements qui ont pu marquer son pays, comme si un pan de l’histoire lui échappait. Néanmoins, son présent est fortement marqué par les vestiges de ce passé. Elle trouve dans l’expression écrite, dans la littérature, la bande dessinée, la musique… des clés pour mieux comprendre et interroger son univers.
La figure maternelle est très présente dans le récit, avec cette complexité du lien entre mère et fille. La mère n’est plus un ange-gardien comme il est de mise, mais une femme complexe avec sa sensibilité, son combat, ses résolutions. Mère et fille, tout en étant complices, éprouvent une certaine difficulté à se comprendre, qui peut aller jusqu’au déchirement. Mira peine à trouver sa place. Les confrontations avec sa famille se multiplient jusqu’à atteindre leur paroxysme. Il y a par la suite un enchaînement d’événements où s’esquisse une forme de lutte pour prouver son existence personnelle. Elle se place dans le mouvement, dans une dynamique qui se veut hors l’espace parental rassurant et protecteur, en se laissant happer par ses désirs, sa fougue, son envie d’échapper à toute règle.
Ses états d’âme sont en quelque sorte ceux d’une jeunesse algérienne avec ses espoirs, ses rêves parfois démesurés, et qui a l’impression de vivre dans un monde en ruine ou qui n’est pas tourné vers elle. C’est un livre qui développe ce sentiment fort de la colère, avec des mots qui sont souvent violents. Cela a quelque chose à voir avec la frayeur profonde de se sentir entraîné jusqu’au bord du précipice. Raconter l’histoire de cette jeune fille désenchantée, c’était s’intéresser à une génération venue après les années de violence, consciente des espoirs qu’elle peut représenter, avec cette angoisse de ne pas être à la hauteur, de ne pas réussir à combler certaines attentes.